
Texte rédigé par kk :
Ma rencontre avec le Meck-Pomm, comme disent les autochtones, fut fortuite.
Elle s’est enrichie petit à petit jusqu’à devenir une belle histoire.
Le Meck-Pomm, Mecklenburg Vorpommern, est le Land du Nord-Est de L’Allemagne, bordé par la Baltique et la Pologne.
La Baltique, c’est important parce qu’autour de Rostock et de ses chantiers navals s’articulaient des échanges commerciaux avec la Pologne et l’URSS.
La Pologne, c’est important aussi parce que dans le Meck-Pomm, les plus de 40 ans, s’ils parlent une langue étrangère, c’est le russe, s’ils en parlent une seconde, c’est le polonais.
Les jeunes parlent tous anglais, mais ils sont encore nombreux à apprendre le russe au lycée, quand ma fille y a été scolarisée six mois, elle était dans une classe de russophones.
Mon histoire avec là-bas a bien sûr un rapport avec la chute du Mur.
Quand le Mur est tombé, les lycées des länder de l’Est ont cherché des établissements français pour faire des échanges linguistiques et c’est comme ça que les lycéens de Teterow sont arrivés à Sillé le Guillaume.
Nous avons, dans le cadre de cet échange, reçu d’abord Daniel, petit bonhomme bizarre qui était interné l’année suivante, puis Henning dont les parents étaient tellement riches que mon fils n’a pas réussi, en dix jours à savoir combien cette famille possédait de voitures.
Puis vint Karl Martin qui est revenu passer trois mois avec nous.
Karl Martin, unser adoptiv Sohn, notre fils adoptif.
Karl Martin et ses dizaines de petites tresses, fils et petit fils de pasteur, avec une grand-mère à Kaliningrad.
Nous avons eu l’occasion de rencontrer Matthias, son père qui est venu le chercher.
Dans mon pauvre allemand pathétique d’alors, j’ai un peu parlé avec lui.
Et quand il m’a dit « On a vu passer les usines », je n’ai pas compris, il a du m’expliquer.
Après la réunification, l’Allemagne et l’Union européenne ont donné énormément d’argent aux Länder de l’Est, des usines se sont installées, limitant (bien peu) la montée terrible du chômage ; les chantiers navals de Rostock ont licencié près de 90% de leurs salariés par exemple.
Et patatras, la Pologne a intégré l’UE.
La pologne frontalière, si proche de Teterow.
La Pologne avec sa main-d’œuvre encore moins chère qu’au Mecklenburg.
Et les usines ont fait le saut de puce vers la Pologne : ils ont vu passer les usines …
Matthias, né à l’Est, était pasteur dans un petit village, Kittendorf, dont l’église abrite des cloches très anciennes.
Il perdu son travail, sa paroisse parce que les allemands financent moins les églises.
Il a vu passer les usines …
KK
Tu as eu raison de l’écrire ton texte. Des morceaux d’histoire, ça vaut beaucoup, c’est riche de tout l’humain. Rien de mieux pour comprendre l’histoire.
Merci KK
Mais comme je ne connais que des petits bouts d’histoires, j’ai des envies d’en écrire plein.
Mon-Al en a un autre dans sa boite aux lettres, j’espère juste ne pas écrire trop de conneries.
C’est du témoignage déformé par l’affectif; je ne suis pas sûre que ça vaille tripette au niveau historique ou économique. J’ai même dans l’idée que ça ne vaut pas grand chose.
C’est tout du genre « On m’a dit »
Mais qu’est-ce que je les aime là-bas.
Honte sur moi!
J’ai oublié de remercier Mon-Al qui m’héberge, me pilote à distance, passe un temps fou et rame à intégrer pour moi une image d’église (d’EGLISE!), l’église de Kittendorf, chez Matthias.
Alors grand merci Mon-Al
Moi, je les aime beaucoup les histoires et les témoignages « déformés par l’affectif », comme tu dis. Ce sont parfois celles qui donnent le plus de vie à l’histoire avec un grand h.
Merci !
Tous les puissants qui nous persécutent s’ingénient à dire l’histoire qui les arrange.
Mais la vraie, celle qui nous fouillasse les tripes, celle qui nous rend furieux, c’est justement celle là, celle qui fait des enfants abandonnés, ou des enfants fous, celle qui fait des pasteurs au chômage, celle qui fait des usines qui marchent !
Merci KK , parce que beaucoup d’entre nous ignorent ces histoires là;
Elles sont pourtant celles qui nous forment et nous déforment…
Merci Mon-Al pour l’auberge…
Tout à fait d’accord avec toi.
Et la bise géante à Mamama , hotesse bienveillante et aidante
Ce la me fait penser au Nord et à la Lorraine, là aussi les usines sont passées en petits bouts devant les yeux des ouvriers. Elles partaient pour la Chine où des esclaves sans droits feront le métier dans les pires conditions. Et depuis quelques temps, les Polonais aussi voient certaines usines partir.
Mais j’ai bon espoir dans la relocalisation. Elle commence déjà.