Texte rédigé par kk :
Là vivaient mes amis, là, je suis allée souvent.
Après son premier séjour dans le Meck-Pomm, mon fils qui avait 14 ans a dit en rentrant « C’est là-bas que je veux vivre ». En fac, il a donc monté un dossier Erasmus, s’est inscrit à Berlin et a trouvé un logement.
Mais les mystères de l’informatique ont fait que quelques jours avant son départ, un bug a fait disparaître tous ses dossiers.
Le fiston avait 18 ans et ne parlait pas allemand, j’ai donc décidé de me rendre avec lui sur place en embarquant la petite.
Nous avons fait appel à Karl Martin dont la mère avait un tout petit appartement et ne pouvait nous recevoir.
Et c’est comme ça que nous avons atterri chez Ludger et Gisela dans la Gutshaus de Bülow. Ludger et Gisela, architectes, fous de vieux bâtiments dont le fils nous a bien dépannés alors. Cette maison, presque château a une longue histoire :
Sa fonction à partir du XVIIIème était économique, son rôle était la gestion d’un territoire agricole. Il y en a partout dans le Meck-Pomm.
Autour de ce bâtiment se trouvent des constructions qui ressemblent à nos HLM, là logeaient les ouvriers agricoles.
La maison se divisait en deux parties, un logement de prestige pour le « gérant » et un magasin destiné à gérer entre autres la vente de la production locale.
L’armée rouge n’est pas arrivée jusqu’à Bülow, elle a piqué au sud vers Berlin à trente kilomètres à l’Est, les constructions anciennes n’ont donc pas souffert de la guerre ( Karl Martin dit « Chez nous, les vieilles maisons ont soixante ans »)
A la fin de la guerre, un flot important d’Allemands rapatriés de Pologne, de Kaliningrad et des autres pays de l’Est s’est trouvé confronté à la pénurie de logements due aux destructions.
Dans chaque pièce de la Gutshaus s’est installée une famille dans ce qui était devenu la DDR.
Progressivement, l’Etat a fait construire des petites maisons avec un lopin de terre à cultiver pour reloger ces familles et personne n’a pu m’expliquer pourquoi avait été alors fait un choix de développement si peu communiste. Mais dans les pièces, dans l’immense cave de la Gutshaus, les enfants de Ludger et Gisela ont retrouvé des tas d’objets, témoins du quotidien misérable de ces familles.
Ludger et Gisela venaient de l’Ouest, ils avaient eu un vrai coup de foudre pour cette maison, pensaient la retaper ; elle les a ruinés, ils l’ont revendue cet hiver.
Ludger y vit toujours, à 66 ans, il n’a pas l’âge de la retraite, il y loue quelques pièces et y conserve son bureau.
Gisela, sans qualification officielle, est partie à Berlin, chômeuse parmi les chômeurs.
Les Gutshäuser du Mecklembourg sont presque toutes devenues des hôtels de luxe, celle de Bülow est toujours telle que sur la photo.
Il a été décidé en haut lieu que le développement du Meck-Pomm ne pouvait être que touristique ; force est de constater que ça ne marche pas très bien.
KK
Je vois avec beaucoup de tristesse que les « morceaux de vie » n’intéressent que peu de lecteurs … Est-ce parce que ce n’est pas « à la mode » ? Pas assez « porteur » ?
Dommage …
Si Mon Al, pour parler juste d’une personne que je connais bien (moi), j’aime beaucoup ce que raconte KK et sa façon de le raconter. De raconter un monde que je ne connais pas du tout.
C’est juste que je ne vois pas quoi ajouter, à part merci.
Très joli billet, KK. C’est ce que je me suis déjà dit tout à l’heure en le lisant, d’autant plus que, comme Pseudo, je ne connais rien à ce monde-là.
Encore un truc sur les boches allemands ?
Ils sont partout !
3 guerres n’ont pas suffites, voilà qu’on nous cause de leur muret de jardin tombé il y a 20 ans , à cause que un violonceliste, un certain Rostropovich, aurait poussé un peu trop loin son archet, et voili , voilà des souvenirs , forts bien narrés, soit, mais un peu de salsa avec Ibrahim Ferrer, ou Isaac Delgado , ne nuit pas après du Herbert Von Karayan et ses Walkyries !
Bon , la bise et auf Wiedersehen kénavo.
Il a branlé quoi de 14 à 18 ans le fiston,il avait 4 ans pour apprendre la langue et keud ! Ha les djeunes… J’ai fait pareil que lui mais je ne voulais pas vivre à Berlin.
des maths
Il en fait toujours
C’est chouette KK, parce que pour moi c’est un complément à ce que tu as déjà un peu écris sur le sujet sur rue89 dans plusieurs de tes commentaires (même si ça a été un peu pollué par les interventions nauséeuses de Béaone).
Oui c’est chouette, merci !
En quoi cette région du Mecklembourg a-t-elle tant botté ton fils, kk? Ca m’intéresse parce que c’est une région qu’a souvent décrite un auteur que j’aime beaucoup, Heinrich von Kleist, un romantique allemand…
Je ne connais pas du tout l’Allemagne, et j’aimerais que toi ou Mon-Al, qui a l’air de bien connaître ce pays, m’en parliez un peu.
Merci.
kk connait mieux que moi cette région car elle y va plus souvent et y a des amis certainement plus proches que le sont les miens.
J’ai toujours aimé l’Allemagne car c’est un pays où l’on trouve tout : les montagnes, la mer, la campagne, les villes qui ont su garder un style très original. J’aime la littérature allemande, la musique, la langue – que je ne possède pas autant que je le voudrais. J’y ai des amis depuis longtemps mais seulement en Meck-Pomm depuis une dizaine d’années. C’est un land fabuleux, mélange de tradition et de modernité. Des villes comme Schwering ( la capitale), par exemple garde des blessures de la période DDR, avec des maisons très anciennes encore en ruines, jouxtant les mêmes, parfaitement rénovées … car l’argent manque, malgré les milliards d’Euros versés pour remettre en état ce qui avait été laissé à l’abandon pendant 40 ans. La première fois que je suis passée » à l’Est », c’est en décembre 89 … désolation : rivières polluées recouvertes de mousse, villes grises, immeubles soviétiques miteux, et Postdam, la merveille Sans-Soucis, sale, à moitié démolie, les jardins en jungle, et tous ces régiments de jeunes militaires désoeuvrés qui mendiaient, qui vendaient leur casquettes, des chapkas, pour obtenir 5 DM pour manger … la misère !! Je pourrais en écrire des pages entières … et les gens qui nous regardaient avec gêne, parfois sans aménité. Nous avons compris bien plus tard, lors de voyages qu’ils se méfiaient des étrangers, tout simplement parce qu’on leur avait dit depuis tant d’année que les gens de l’extérieur leur en voulaient de vivre dans ce paradis socialiste … et aussi une sorte de gêne de penser que nous pouvions les mépriser de ne pas s’être révoltés plus tôt … Mais tout ça est sorti plus tard dans les conversations … car c’est une époque dont ils n’aiment pas trop parler !
http://www.reproarte.com/files/images/F/friedrich_caspar_david/0227-0369_kreidefelsen_von_ruegen.jpg
Charles Mouloud dit :
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7 novembre 2009 à 21:43
Encore un truc sur les boches allemands ?
Ils sont partout !
3 guerres n’ont pas suffites, voilà qu’on nous cause de leur muret de jardin tombé il y a 20 ans , à cause que un violonceliste, un certain Rostropovich, aurait poussé un peu trop loin son archet, et voili , voilà des souvenirs , forts bien narrés, soit, mais un peu de salsa avec Ibrahim Ferrer, ou Isaac Delgado , ne nuit pas après du Herbert Von Karayan et ses Walkyries !
Bon , la bise et auf Wiedersehen kénavo.
Désolée pour le ton un peu sec mais je suis d’une humeur de chien.
Désolée également pour celles et ceux que ça semble intéresser un peu ou qui font comme si mais je vais m’arrêter là, j’ai remisé mes souvenirs.
Bonne journée à toutes et tous
Et encore une fois merci à Mon-Al
Merci vraiment!
Oui, c’est dommage. J’aime beaucoup ces tranches de vie.
Je vais continuer à en distiller, quoi qu’en pensent les intellos, ellles sont mille fois plus réalistes que les discours et les papotages pour refaire le monde …
Merci et bon dimanche.