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L’été de tous les espoirs

Mercredi, novembre 4th, 2009

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 Nous allons fêter la Chute du Mur. Il y a vingt, déjà … nous avons suivi jour après jour les manifestations qui ont précédée. Car en août 89, nous avons passé 15 jours en Hongrie, touristes, bien sûr, mais toujours à l’affût de politique, de discussion avec les habitants … Lors d’une journée passée sur le Balaton, nous étions avec un groupe de personnes et parlions tous des choses que nous avions vues … la conversation a fini sur Venise … Deux petites jeunes filles écoutaient, et l’une d’entre elles s’est mise à pleurer en disant qu’elle aurait peut-être « un jour » la chance de voir tout ça. A notre demande, elle a dit habiter Liepzig … Silence gêné de la tablée. Mais pourtant les choses sont allées vite ensuite …

 Nous avons plusieurs fois traversé cette frontière hongroise -  dont une en revenant de Roumanie en 82  (là c’était un retour vers la civilisation après 15 jours d’enfer), mais cet été-là,  une longue file de voitures immatriculées DDR (Allemagne de l’Est)  attendaient,  quelques douaniers hongrois laissaient passer vers la liberté …trois mois après le Mur de la Honte tombait. Nous étions dans la file, avec notre voiture française où nous avions posé une affiche : FREIHEIT FÜR DDR (liberté pour RDA). C’est un souvenir qui reste très présent. Tous les douaniers n’étaient peut-être pas aussi cléments, mais pour ceux qui étaient là ce jour là, je ressens toujours une sympathique pensée…

 A partir de septembre, les manifestations pacifiques à Liepzig m’ont rappelé ces jeunes filles, 20 000 personnes .. 30 000, jusqu’à un million à Berlin début novembre …. Puis enfin ce Mur de la Honte par terre.

 J’ai failli partir avec mon plus jeune fils «danser» sur le Mur, mais faute d’assurance d’une place d’avion pour le retour, nous avons renoncé … je devais travailler le lundi matin absolument …

 Nous y sommes allés en décembre et avons constaté l’état de délabrement du pays.

 Bien sûr, vingt ans après, l’Ostalgie est vivante, surtout dans les 7 länder de l’Est déçus, mais la joie de ceux qui ont réussi à passer cet été-là, je ne l’oublierai jamais …

Elle s’appelait Juliette …

Mardi, novembre 3rd, 2009

Elle est née en 1922 à Saverne, dans une famille germanophone, sa mère prof d’Allemand et son père bibliothécaire. Elle était la deuxième d’une famille de 8 enfants, sa sœur ainée prise en charge par sa grand-mère vivait en Moselle, et allée à l’école française jusqu’à 13 ans, puis s’est occupée de ses frères et sœurs … Vint la guerre … Fin 40, l’Alsace fût « reprise » par l’Allemagne : on a donné deux jours aux familles pour choisir : faire sa valise ou rester. Ils sont restés – qu’auraient-ils fait en France : ils n’en parlaient pas la langue, n’y connaissaient personne. Mais pour rester, il devait « donner » un de leur enfants à l’Allemagne. Juliette étant l’ainée, ses frères trop jeunes, elle est partie à l’Arbeitdienst … envoyée en Pologne pour «faire ses classes» par -30° elle tomba malade, une pneumonie, puis pleurésie … Envoyé à l’hopital à Berlin, elle y rencontra Heinrich, soldat allemand lui-même hospitalisé après une blessure sur le front de l’Est … ce qui devait arriver arriva : la Juliette et son Roméo ( il s’appelait Heinrich !) tombèrent amoureux … et l’enfant se présenta. Mais comme entre les Capulet et les Montaigu, leur amour n’était pas autorisé … le Reich n’admettant que très peu les amours entre un des leurs avec une représentante d’une patrie honnie … Après une longue enquête sur la famille de Juliette, jusqu’à la quatrième génération pour s’assurer de la « pureté » de sa race, le mariage a été autorisé en janvier 43, et le bébé est né en mars … Tout pourrait s’arrêter là : ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants .. Hélas, ce ne fût pas le cas, il ne vit jamais son fils, il fût tué par les Américains en 45, il avait 24 ans. Juliette, elle était veuve à 21 ans avec un bébé … L’Alsace redevenue Française, des comptes nauséabonds furent réglés .. et la jeune femme est partie, à Reims, où elle trouva du travail. Ce ne fût pas le bonheur non plus : là aussi, les comptes se réglaient avec des insultes et des cailloux ! Et le petit garçon y grandit, il apprit le Français à l’école ( il garde encore des souvenirs des noms qu’il reçut, y compris par les instits : nom Allemand, fils de boche, etc ). Puis les années passèrent … Juliette et son fils revinrent dans leur terre natale. Les choses se calmèrent … La vie reprit. Un nouvel amour … Puis un nouveau veuvage, à 43 ans … Le fils prit son envol, loin, il s’engagea et partit en Afrique. Juliette vivota, puis décida de quitter les froidures de l’Est pour le Sud : Nice. Elle recommença une autre vie …

Son fils se maria et eut à son tour des enfants. Elle avait une capacité de conteuse inouïe, était capable de tenir une assemblée entière par ses paroles. Elle nous raconta. Sa vie à elle et l’Histoire … Nous eûmes des conflits, elle était ma belle-mère, elle s’appelait Juliette … elle est morte en 1994…